Kukishinden Ryû Happô Hikenjutsu

L’histoire de l’école Kukishinden remonte à l’ère Kamakura (1180). On dit de ses techniques qu’elles proviennent de Chine et de ses pays limitrophes. L’école Kukishinden se développa dans la province Kumano. Le « Kuki » de l’école Kukishinden fut attribué par l’empereur Go-Daigo (1319-1339). Il remit ce nom au fondateur Yasushimaru Takazane (également connu sous le nom de Yasushimaru Kurando) qui aida, ainsi qu’un autre samouraï du nom de Kagoshima, à défendre l’empereur lors de la tentative de reprise du trône, quelques années après l’abdication. Le « Kuki » signifie qu’ils se sont battus comme « 9 démons. »

Dans les années 1330, le Shogun Ashikaga Takauji kidnappa l’empereur Go-Daigo. Kusunoki Masashige, samouraï de haut rang, loyal envers son Empereur, avait à ses ordres Yasushimaru Kurando, âgé alors de 16 ans et originaire de Gyoja de Kishu (ou sud de Nara). Il était de notoriété publique qu’il avait été initié à l’art du Ninjutsu, ainsi que dans d’autres Bujutsu. Kurando reçut alors l’ordre de sauver l’empereur. Go-Daigo était soutenu par l’armée Ashikaga de Kazan-in. Kurando rencontra l’empereur et le sauva en se déguisant en femme. Il dut alors le porter sur son dos pour passer le “corridor Hizume” dont le bois du parquet était fait de telle façon que l’on entende si l’on y marche dessus. Alors que Kurando traversait le corridor, les samouraïs de garde de l’empereur entendirent le plancher craquer. Ils tentèrent d’encercler Kurando et l’empereur. Kurando déposa l’empereur sous un arbre proche et leur fit face, armé d’une naginata. L’un après l’autre ils l’attaquèrent, et Kurando les tua tous jusqu’à ce que seul l’officier des samouraïs reste. Il s’agissait d’un artiste martial des plus habiles, et tandis que la naginata de Kurando s’abattait sur lui, l’officier coupa l’hallebarde juste sous la lame. Kurando utilisa alors la technique Gyaku Kuji armé de son seul bâton, une technique secrète du Rokushaku (bâton de 6 mesures). Après l’avoir terrassé, il récupéra l’empereur qui l’attendait sous l’arbre et ils rejoignirent Kusunoki, qui les attendait, avant de retourner à Kyoto.

Il est dit qu’une autre personne serait impliquée dans la fondation de l’école Kukishinden, nommée Kikuchi Yoshikage, mais à l’heure actuelle, on ne sait toujours rien de cet homme.

À la suite de cet évènement Kurando créa l’école Kukishinden, basée sur l’apprentissage du bô et de la naginata (la naginata vient avant le bô, mais ce dernier demeure le plus important.) Depuis lors, le bô est enseigné de neuf façon diverses, comprenant 99 techniques. Ceci pour rappeler qu’on peut l’utiliser de beaucoup de manières différentes.

On y apprend également l’usage du hanbo, ou sanyakubo (bâton de 3 mesures), issu d’une yari (lance) coupée en deux (lors de combats par exemple).

On trouve également dans l’école Kukishinden une arme que l’on appelle bisento, similaire à la naginata. La différence réside dans la taille plus importante, le poids qui est nettement plus lourd et la lame qui atteint 1 mètre de longueur (ancêtre de la naginata.) En raison de son poids et de sa longueur, il est facile d’assommer et d’écraser les armures, de même que de terrasser les chevaux sur les champs de bataille. Sa grande taille demande un travail différent de celui du taijutsu « classique. » Le corps tourne et les pas sont plus nombreux afin d’aider à la manipulation de l’arme. On l’utilise pour enfoncer et pour frapper, plus que pour couper ou entailler, à l’inverse de la naginata. Selon l’histoire de l’école Kukishinden, le bisento vient de Chine et aurait été importé au Japon par un guerrier du nom de Tetsujo. Il aurait enseigné son art à Yoshiteru dans la province Totori, qui s’y serait réfugié après sa défaite avec Fujiwara Tadamitsu. Cette arme fut notamment employée par des marins pour lutter contre les pirates. Ceci influença grandement les techniques ainsi que l’apparition et l’évolution de nouvelles armes. On dit des guerriers de l’école Kukishinden utilisèrent des mats de navires ainsi que des gréements au cours de leurs combats. L’école pratique les armes coupantes lourdes, armes peu (voire jamais) utilisées dans les autres écoles d’arts martiaux.

L’une des armes plébiscitées par la Kukishinden Ryu est le kusarigama, dérivé de la kaginawa (crochet et corde), utilisée par un pirate de Kishu du nom de Kuroda Saneyuki (et rendue célèbre dans le Shôninki.)

Pour sa part, le daisharin, instrument consistant en une longue perche (ou un mât) d’environ 10 pieds de long (environ 3 mètres) avec à chaque extrémité deux pièces de bois ronde de 3 pouces (7,5 cm) de diamètre, est mal connu des gens, qui le confondent avec une roue ou un essieu. On l’utilise comme le rokushakubo. Dans la vie courante il servait comme axe principal pour permettre la mise à l’eau des navires, ou bien pour les tirer hors de l’eau afin de les mettre en cale sèche. Étant donné que l’école Kukishinden est originaire de la partie côtière de Kumano, et que les professions des élèves étaient en relation avec l’activité maritime, le daisharin était une arme qui restait toujours à portée de main.

L’école Kukishinden comporte des ramifications avec d’autres écoles. Une de celles-ci était l’école Ittô, école de sabre extrêmement réputée fondée par Itô Ittôsai. Itô serait né entre 1550 et 1560. Ce dernier étudia l’école Chujô sous la direction de Kanemaki Jissai, fondateur de l’école Kanemaki et probable professeur du non moins célèbre Sasaki Kojirô, adversaire de Miyamoto Musashi. Kanemaki fut l’élève de Toda Seigan.

On retrouve dans l’école Kukishinden des densho écrits et signés par Itô, datant du 1er Mars de Tensho 1 (1573). On en trouve aussi de Kanemaki, datés et signés du 5 Mars de Taiyei 6 (1527). Itô étudia sous Kanemaki. Kanemaki étudia sous Akamatsu Koshiro, lui-même parent d’un membre de l’école Kukishinden. Dans le densho relatif au bikenjutsu de l’école Kukishinden, Itô écrivit et data un poème intitulé Un jour de chance (août de l’ère Keicho 8, vers 1608), dont le thème est « Liberté pour survivre, ou les techniques de sabres mortelles ». Itô Ittosai mourut vers l’âge de 90 ans.

L’un des enseignements de l’école Ittô consistait en un travail étrange sur les déplacements, appelé « myoken zetsumyoken » et « dokumyoken. » On le retrouve dans l’école Kukishinden, sous l’appellation « Shinmyoken Hijutsu ». Les dernières techniques de l’école Ittô sont appelées « Shishi Honyaku » et se retrouvent sous le même nom dans l’école Kukishinden.

Au cours du 18ème siècle, Ohkuni Kihei Shigenobu, 13ème Sôke de l’école, enseigna le Kukishinden Ryu à l’école Takagi Yoshin. En retour, l’école Takagi Yoshin lui enseigna ses techniques de bojutsu, de naginata et de shurikenjutsu. Ohkuni devait devenir le Sôke de l’école Takagi Yoshin après la mort de son ami Takagi Gennoshin, Sôke de l’école Takagi Yoshin. Pendant une courte période, les deux écoles furent enseignées dans le même dojo, mais avant sa mort, Ohkuni les sépara.

Ohkuni Kihei Shigenobu était aussi un Maître de naginata. Il cherchait toujours à s’améliorer. Une nuit, après s’être assoupi à la suite d’un entraînement, il rêva qu’un démon l’attaquait. Il le combattit avec une naginata, mais la hampe se brisa en deux. Il l’utilisa donc comme un Bô. La leçon qu’il en tira fut que la naginata seule n’était pas une arme supérieure.

Ishitani Takeoi, le père du célèbre Ishitani Matsutaro, enseignant de Takamatsu Sensei, était originaire de la province Hyogo. Il étudia avec un compagnon répondant au nom de Fujita Hisayoshi, sous l’égide de Yagi Ikugoro, Sôke de l’école Takagi Yoshin. Ils reçurent tous deux le menkyo kaiden de l’école en question. Fujita appela son école Takagi Yoshin Ryu, et Ishitani appella la sienne Hon Tai Takagi Yoshin Ryu. Deux cents ans plus tard l’école Kukishinden et l’école Takagi Yoshin se réunissaient à nouveau.

Ishitani Matsutaro, au cours de la bataille Tenchigumi no Ran, rencontra Uryu Gikan, Sôke de Gikan Ryu. Il étudia sous sa direction pour devenir plus tard le Sôke de l’école Gikan. Les ancêtres d’Ishitani étaient les conseillers chunin de la famille ninja Kami-Hattori, famille du célèbre Hattori Hanzo. Ishitani Matsutaro travailla en tant qu’officier de sécurité dans l’entreprise d’allumettes qui appartenait au père de Takamatsu Sensei, située à Kobe. C’est là qu’il rencontra Takamatsu, qui étudiait déjà les écoles Koto, Gyokko, Shindenfudo et bien plus encore, de son grand-père.

Dans la province Kumano, berceau de l’école Kukishinden, se trouve un document conservé dans un temple connu comme étant le Amatsu Tatara Hibin.

Au cours de l’ère Edo, vivaient deux pratiquants d’arts martiaux, Fuku no Shichiro Uemon Masakatsu et Ibaragi Mata Zaemon, tous deux membres de l’école Shinto Ryoi. Ils la transformèrent en Kito Ryu Jujutsu. L’école Kito inspirera plus tard Jigoro Kano dans la création du Kodokan Judo. Dans les okuden-densho de l’école Kito Jujutsu, on retrouve des similarités avec l’école Kukishinden. En effet, Taki no Senaemon, de l’école Kito, fut l’élève de Kuki Takano, qui fut à la tête de la famille Kuki.

Le hanbojutsu de Kukishinden Ryu est l’une des formes basiques enseignée à tous les étudiants du Bujinkan.

Il existe une famille, la famille Kuki, dont les membres seraient les héritiers de l’école Kukishinden. Ils sont en fait à la tête d’un style différent connu sous le nom de Kukishin Ryu. Il existe beaucoup de similitudes entre eux et il se peut même que pendant un temps ils aient été liés ensembles. Aujourd’hui, ils sont totalement dissociés. Alors que l’école Kukishinden est un système complet de plusieurs arts, l’école Kukishin se distingue en plusieurs parties : Kukishin Ryu Dakentaijutsu, Kukishin Ryu Bojutsu, … avec à chaque fois un maître à sa tête. Tous sont liés à la famille Kuki de l’école Kukishin.

La 4ème génération de l’école Kukishin, connue sous le nom de “Kuki Nagato”, formulèrent l’école Kukishin. À Himeji, il y a actuellement encore deux Maîtres vivants de l’école Kukishin, qui sont Tanaka Fumon de Minaki Den Kukishin Ryu Bojutsu, et Maître Takatake. Maître Morihei Ueshiba, fondateur de l’Aïkido, étudia le Kukishin Ryu Happo Hikenjutsu avec la famille Kuki.

La famille Kuki perdit beaucoup de ses capacités de combat au cours des générations qui passèrent. Aussi demanda-t-elle à Takamatsu Sensei de les rééduquer alors que ce dernier était encore jeune. Plus tard, il avouera à Maître Hatsumi que lors des cours, il ne leur faisait pas passer le feeling réel des techniques car il les trouvait stupides d’avoir perdu leur héritage. Ce qu’il leur enseignait se limitait aux katas et non au fond, juste à l’application des techniques. C’est avec cette famille que Maître Ueshiba étudia pendant une courte période de sa vie. Il progressa cependant très rapidement dans leur système, allant jusqu’à ouvrir un dojo, avec la permission de la famille Kuki, qu’il appela Kukishin Aikido.

Il existe beaucoup de branches différentes de l’école Kukishinden, et de l’école Kukishin. Quelques-unes d’entre elles sont :

  • Kukishinden Ryu Happo Hikenjutsu.
  • Kukishinden Ryu Happo Bikenjutsu.
  • Kukishinden Hyoho.
  • Kukishin Ryu Bojutsu.
  • Kukishin Ryu Dakentaijutsu.
  • Hon Tai Kukishin Ryu.
  • Hon Tai Kukishin Chosui Ryu.
  • Tatara Shinden Ryu.
  • Shinden Tatara Ryu.
  • Nakatomi Hyoho.
  • Tenshin Hyoho Kukishin Ryu.

Les formations qui suivent sont celles qui furent licenciées au sein de la Kukishinden Ryu :

  • Taijutsu (combat à mains nues) / Hichojutsu (techniques de sauts) / Nawanage (techniques de projection)
  • Karate (combat à mains nues) / Koppojutsu (casse des os)
  • Yarijutsu (combat à la lance) / Naginatajutsu (combat à la hallebarde)
  • Bojutsu (bâton de 180 cm) / Jojutsu (bâton de 120 cm) / Hambojutsu ( bâton de 90 cm)
  • Shurikenjutsu (lancer de lames et étoiles)
  • Bo ryaku (conception de fortifications) / Cho Ho (stratégie militaire)
  • Intonjutsu (art de l’invisibilité) / Hensojutsu (art du déguisement)